La lettre ouverte à nos proches de Magalie Casassus

Mis à jour : 6 févr. 2020

L'objectif de ces lettres ouvertes est de pouvoir faire comprendre à nos proches (vous qui nous lisez) ce par quoi nous passons lorsque nous vivons un parcours PMA (les épreuves, nos émotions, nos attitudes rationnelles et parfois irrationnelles aussi...).

C'est aussi vous faire passer un message avec toute notre bienveillance pour vous "aider" à savoir comment se comporter avec nous, pour vous "aider" à comprendre comment adapter vos mots face à nous, pour vous "expliquer" comment nous soutenir quand nous en avons besoin.


Ces lettres ont été rédigées par des femmes en parcours PMA dont chaque histoire est unique et révèle des maux qu'elles ont exprimé par leurs propres mots. Toutes ces lettres sont dictées par l'amour. Elles reflètent la réalité de nos vies, soyez indulgents, nous vous livrons une partie de nos âmes dans l'espoir de lever certains tabous et de libérer nos paroles communes.



À vous.


Vous nos proches,

aujourd’hui je vous écris pour vous raconter,

pour me libérer,

pour mettre les mots sur une situation.


Sur notre situation : Notre parcours PMA.


Avril 2014 : cette date ne veut peut-être rien dire pour vous, mais c’est à ce moment-là que Vincent et moi avons décidé de "lancer notre projet bébé".


Juillet 2014 : notre mariage.


Août 2014 : les premières phrases arrivent à mes oreilles dès que je tenais un bébé dans les bras "oh que ça te va bien !" . Pourtant je ne pense pas que tenir un bébé puisse mieux m’aller depuis que nous venions de nous marier, et par rapport aux années précédentes.


Oui, au début on ne s’inquiète pas. On se dit qu’en moyenne il faut compter 1 an. On en rigole même. Je fais le poirier, on se dit que cette fois-ci ce sera la bonne parce que là "on a tout donné".


Sauf que les mois et les années passent. Et toujours rien...

 

Au fil du temps, ces fameuses phrases de votre part arrivent de plus en plus nombreuses :

"oh ça viendra quand tu n’y penseras plus."

"quand est-ce que vous faites un copain ou une copine à notre fille."

"elle est déjà arrière-grand-mère, moi ce n’est pas près de m’arriver."


Et celle que je préfère :

"tu ne peux pas comprendre tu n’as pas d’enfant."


Oui, vous nous avez dit toutes ces phrases. Nous avons ressenti de la tristesse. Et aussi, de la colère envers vous. Réfléchissez un peu, n’auriez-vous pas été blessés vous aussi ?


C’est alors que pendant 4 ans, une foule inexpliquée de bébés viennent à naître autour de nous. Oui, je sais que ce n’est pas fait exprès, que c'est la vie, mais posez-vous la question de moi face à ça. Comment contrôler nos émotions alors que rien n’arrive pour nous ?


Apprendre deux grossesses à deux jours d’intervalle, puis une autre quelques mois plus tard, "ça vous fout en l’air".

Ça vous détruit, ça me détruit de l’intérieur. Moi, qui n’arrive pas à donner ce bébé, déjà tant aimé, à mon mari.

On me dit que je suis jalouse, car je pleure au lieu de vous féliciter. On me dit aussi d’aller voir un psy, je le fais. Et non, je ne suis pas jalouse. En fait, cela n'a rien à voir avec vous. C'est une tristesse intérieure qui s'exacerbe lors des grossesses des autres et lorsque nous sommes dans l'attente d'un enfant.


C’est alors qu’au bout d’un tunnel de 4 ans et 10 mois, notre premier rendez-vous en PMA a lieu. Le verdict tombe, je suis OPK (ovaire polykistique), Vincent est OATS (oligoasthénotératospermie). On nous dirige vers une FIV-ICSI (Fécondation in Vitro avec micro-injection intracytoplasmique).


Qu’est-ce que cela veut bien dire ? Je ne détaillerais pas, c'est n'est pas le but de cette lettre mais en résumé : notre bébé n’arrivera sans doute pas sans l’aide de la médecine. Le jour où bébé sera au chaud, cela ne sera pas une surprise, ni pour nous, ni pour vous. Tout est programmé. Nous devons nous faire à cette idée.