La lettre ouverte à nos proches de Myriam.

Mis à jour : févr. 6

L'objectif de ces lettres ouvertes est de pouvoir faire comprendre à nos proches (vous qui nous lisez) ce par quoi nous passons lorsque nous vivons un parcours PMA (les épreuves, nos émotions, nos attitudes rationnelles et parfois irrationnelles aussi...).

C'est aussi vous faire passer un message avec toute notre bienveillance pour vous "aider" à savoir comment se comporter avec nous, pour vous "aider" à comprendre comment adapter vos mots face à nous, pour vous "expliquer" comment nous soutenir quand nous en avons besoin.

Ces lettres ont été rédigées par des femmes en parcours PMA dont chaque histoire est unique et révèle des maux qu'elles ont exprimé par leurs propres mots. Toutes ces lettres sont dictées par l'amour. Elles reflètent la réalité de nos vies, soyez indulgents, nous vous livrons une partie de nos âmes dans l'espoir de lever certains tabous et de libérer nos paroles communes.




Salut, c'est moi !


J'ai tellement de choses à vous dire, mais tellement dur de commencer..
.


Par quoi commencer surtout ? Peut être par le début. Mon début, c'est lui, ma moitié, l'amour de ma vie, mon mari, qui m'aime comme je suis, sans conditions, sans règles et sans jugements. Voilà 4 ans que cet homme m'a demandé un enfant, notre enfant, le fruit de notre amour, la continuité de nous. Lui, est déjà papa d'une merveilleuse petite fille qui partage aussi ma vie et nous rêvons de faire d'elle une grande sœur.


Au début, les mois passent et ce n'est qu'excitation, joie, espoir et rire. Il y a toujours cette petite déception à l'arrivée des règles mais on y croit, ça ne va pas tarder... Au bout de 6 mois, on enclenche la seconde, on essaie de calculer la bonne période, mais en vain.  Arrive alors le 1er anniversaire. 1 an d'essai et on décide d'aller consulter. On nous donne une batterie d'examens et bien qu'un peu intimidés, nous sommes contents. On va, peut-être, être fixé... Les examens sont bons, rien d'alarmant si ce n'est une légère baisse de réserve ovarienne pour ma part mais ça n'inquiète personne. On nous oriente tout de même en PMA pour nous donner un coup de pouce. En quoi ? Mais quelles sont ces lettres ? Pourquoi avoir besoin d'aide ? 1 an et demi sans aucune grossesse à l'horizon, mieux vaut être pris en charge nous dit-on. On nous propose vu la simplicité de «notre cas» de faire des inséminations. Je suis partagée entre la joie d'avancer et d'aller vers du concret et la peur de cette médicalisation pour faire notre bébé. Qui rêve de devenir parents grâce à des médicaments, des piqûres et des docteurs, sages-femmes, infirmières, biologistes, échographes ?


Nous acceptons cette aide, avons-nous vraiment le choix ?

Nous commençons les inséminations. J'ai des bleus aux bras, au ventre, celui- ci est de plus en plus gonflé. Je dois me rendre à l’hôpital tous les 2 jours pour faire des échos de contrôle de mes follicules et de mon endomètre. Des termes que je ne connaissais pas jusque là... Je me retrouve à patienter des heures dans cette salle d'attente, cela devient une habitude.


Je suis entourée de femmes, comme moi, infertiles. Nos regards se croisent souvent et nous nous comprenons, nous nous sourions, un sourire bienveillant qui veut tout dire, un instant partagé dans ces moments de stress, nous sommes tellement...


Nous ferons 3 inséminations à la suite, toutes négatives.


Le plus dur, c'est l'arrivée des règles, de ce rouge sur ce papier qui brise tout espoir, après tant de piqûres, de rdv et de fatigue, ce rêve où tu t'étais imaginée un ventre plein de vie, s'écroule en un instant.


J'ai besoin d'une pause, j'ai besoin de souffler, j'ai mal. Mal au corps, au cœur, ma moitié aussi, nous sommes cassés de douleurs. Nous ferons une pause d'un an et demi, sans traitements, sans médecins, mais toujours sans grossesse à l'horizon. Nous avons beau penser à autre chose, s'atteler à de nouveaux projets, rien y fait. Mon bébé ne veut pas se nicher au creux de moi.

Après ce repos bien mérité, un matin, cette envie irrépressible, incontrôlable et animale de fonder notre famille revient sur le tapis. L'espoir renaît en nous, c'est reparti, allô la PMA ? Nous voulons notre bébé !
 Nous repartons pour de nouveaux examens et 2 inséminations supplémentaires que nous enchaînerons, encore en vain. A ce moment là, cela fait plus de 3 ans, que nous t'attendons mon bébé.


Nous avons caché cette reprise de PMA cette fois-ci, personne n'est au courant. Nous avons voulu le vivre à deux, comme un couple qui conçoit leur enfant, et bien pourquoi pas nous ?
 Nous rêvions d'arriver un jour, en famille et annoncer une bonne nouvelle...


Donc, nous voilà en secret, à faire ces inséminations qui aboutiront juste après sur notre première FIV ! Celle tant redoutée, tant médicalisée... C'est reparti. Prises de sang, échos de contrôle, piqûres et encore plus de fatigue et de douleurs. Le traitement est beaucoup plus lourd, beaucoup plus fatiguant. Ce mois de mai me paraît interminable... Je vis ma première ponction, ma première anesthésie locale, ma première douche à la bétadine.


J'ai si peur de tout çà. Je pense à ma mère et à mes sœurs, j'aurais aimé leur dire à ce moment là, entendre leur voix et sentir leur présence...

Heureusement, mon mari est là. Il m'accompagne à chaque instant, il me fait rire, me fait penser à autre chose. Dans ma chambre d’hôpital, en blouse, il me regarde avec un amour sans faille, il a peur, je le sens. Il est appelé pour donner sa contribution, on va recueillir mes "warriors bébé" me dit-il, je vais tout donner !!


On vient le chercher, je me retrouve seule, sur ce lit, j'ai peur, mais en même temps, le xanax que l'on m'a donné fait bien son effet car à ma grande surprise je suis assez détendue. On vient me chercher à mon tour et on m'installe au bloc. Les 4 pattes en l'air pour me ponctionner mes petits œufs, je suis émue. Je ferme les yeux et je médite, on me met de la musique. Je sens les piqûres à mes ovaires, je sers la main de la sage-femme. Ils me félicitent, "vous êtes forte c'est bien, continuez comme ça !" Tout s'est bien passé, je retourne dans ma chambre où ma moitié m'attend avec impatience. J'ai du mal à marcher mais après un peu de repos, nous pouvons rentrer chez nous. Cela aura été une petite récolte, je suis un peu déçue, tout ce traitement et cette attente, pour 4 ovocytes ! Que c'est dur, mais on nous dit qu'il en suffit d'un...


A mon retour à la maison, je vais souffrir pendant 2 jours, allongée sans pouvoir trop bouger mais en attendant avec impatience l'appel du biologiste. Nous ne pensons qu'à nos petits œufs, à la rencontre entre les spermatozoïdes de papa et les ovocytes de maman. S'aimeront-ils comme nous nous aimons ?



Deux jours plus tard, le biologiste nous contacte en nous disant que les 4 ont été fécondés et qu'ils se développent mais de qualité moyenne. On nous donnera des nouvelles le lendemain. Nous sommes perdus, stressés, anxieux... Je ne dors pas de la nuit, pourtant je suis si fatiguée...



Le 1er juin à 9h15, le téléphone sonne : "Madame, venez vite à l’hôpital, le transfert aura lieu ce matin à 10h, un joli embryon !!!!
" Nous partons comme des fous à ce rendez vous, LE rendez vous de notre vie... Ce moment a été comme tout le parcours, très médicalisé, mais nous partons de là avec cette promesse, cet espoir, ce brin de vie en moi... Notre bébé, notre amour, un peu de lui et un peu de moi, la première fois en 4 ans que j'étais sûre qu'à ce moment là, j'étais enceinte. Quelle journée, quel moment !


Nous retraçons notre parcours et je lui dis merci, merci à mon mari d'avoir été là à chaque instant, de la première piqûre à la dernière. Merci d'avoir pris soin de moi, d'avoir guetté mon état, ma fatigue et mes douleurs. Merci d'avoir pleuré avec moi et de m'avoir laissé son épaule sur laquelle me reposer.

Je n'échangerais ce bonheur, cet amour que je lui porte pour rien au monde, mon mari, ma moitié et le papa de mon bébé, que je porte en moi, à ce moment là.
 On nous annonce quelques jours après que les 3 autres embryons n'ont pas tenu à j6... nous sommes dégoûtés, pas de chance supplémentaire pour nous, accroches toi petite lumière car nous n'avons que toi !


Souvent, les femmes en attente de bébé, sont impatientes de faire le test de grossesse, connaître le résultat tant espéré, tant attendu... Pour ma part, j'ai vécu ces 12 jours comme un rêve éveillé. Je voulais que le temps s'arrête. Je voulais te garder auprès de moi, je voulais continuer à te parler, à t'aimer. Papa te cajolait, te chantait des chansons, te parlait sans cesse et moi je te protégeais. Je te disais de rester avec nous, de rester au chaud, de tenir bon, nous te promettions une vie pleine d'amour et de surprises, nous t'aimions déjà tellement si tu savais mon bébé...


Malgré nos promesses et nos câlins, tu es parti le 15 juin en un gros caillot de sang dans les toilettes d'une amie chez qui nous passions la journée. Je t'ai vu, j'ai pleuré discrètement et rapidement, car on m'attendait. J'ai tiré la chasse, en m'assurant qu'il ne restait plus de traces de toi, et je suis revenue à la fête. Seul ton papa a compris ce qu'il se passait en me voyant arriver près de lui. Il m'a serré fort la main sous la table, j'ai senti toute sa peine, sa tristesse dans cette étreinte et en un regard, nous t'avons dit adieu.


Il a fallu que mon corps se repose, mes ovaires et mon utérus ont été malmenés, mon corps était très fatigué et je sens qu'il se remet en marche tout doucement aujourd'hui après 2 mois.



Nous sommes allés voir notre gynéco, qui nous a proposé un autre traitement, qui pourrait être plus efficace pour notre 2ème FIV. Nous pouvons le commencer dès septembre. Elle y croit, elle est persuadée que cela va marcher, nous sommes en pleine santé, nos examens sont bons, nous serons parents !



Nous, nous sommes fatigués, usés, las de tout ça. Nous avons essayé la médecine douce, une bonne alimentation, des séances de psy, nous avons compris des choses, éclaircis certains points, mais notre patience, notre force arrive bientôt à sa fin.


Depuis 4 ans, je suis passée par toutes sortes d'émotions, positives et négatives lors de ce parcours. Aussi, je tenais à m'adresser à vous, mes proches. A vous, je vous demande pardon, car je vous ai menti.

Oui, je mentais quand je minimisais mon combat, quand je taisais ma peine et que je vous cachais mes bleus et mes douleurs. Je vous épargnais ma peur, cette peur indescriptible que je ressens au plus profond de moi de ne jamais être appelée «maman».


Je ne voulais pas voir de la pitié dans vos yeux, je ne l'aurais pas supporté. C'est déjà si dur de vivre avec cette peine que je ne me sentais pas la force de voir la vôtre.

Pendant ces années de combat, j'ai parfois eu le droit à des phrases déplacées ou maladroites de votre part. Sachez que je ne vous en veux pas, si vous ne connaissez pas l'existence de ma peine, comment me protéger de vos mots ? J'aurais peut-être dû parler.


Malheureusement ce parcours nous change, nous cloître, nous isole un peu. Mais il nous grandi aussi, il nous apprend à nous connaître et à mieux nous aimer.

Si vous saviez le nombre de fois où nous nous sommes vu alors que je venais de me faire piquer, examiner ou bien que nous venions de pleurer après un résultat négatif.



Après tant d'années à crier que je suis forte et invincible, comment avouer ma plus grande faiblesse, ma plus grande honte... mon infertilité, au quotidien.

Ce combat, je ne l'ai pas encore gagné. Les années passent et mon ventre reste totalement vide, ma belle fille grandit seule et nous, nous vieillissons. Parfois, je me vois rêver de ce test, le tenir dans mes mains et apercevoir cette deuxième barre. Ce test qui fera battre mon cœur et qui me comblera de joie. Je m'imagine encore et encore ce jour, où je ferai que notre famille s'agrandisse, que des rires d'enfants réchauffent notre maison, que mon amour devienne une nouvelle fois papa ; que vous mes parents, soyez les grands-parents de cet enfant, mon enfant ; que vous mes sœurs, teniez dans vos bras mon bébé tant aimé, tant désiré.


Pour ce rêve, je vais faire cette FIV, mais elle sera la dernière.


Oui, car après 4 années de combat, il faut savoir dire stop, il faut accepter. Nous avons besoin de tourner la page, de passer à autre chose et de balayer la peine, l'angoisse, la colère et tant d'autres émotions qui sont devenues une routine bien trop présente dans notre vie.

Nous sommes si amoureux, nous nous aimons tant, que nous décidons de nous choisir nous avant que cette épreuve ne nous change à jamais.
 Et puis ce bébé, notre bébé, existe déjà dans nos rêves, dans notre tête et dans nos cœurs.


Peut-être que nous ne gagnerons pas cette épreuve, mais plus besoin de se cacher en tout cas.


C'est pourquoi je vous demande votre indulgence et votre compréhension, quand vous me verrez bientôt fatiguée, dans mes pensées et même muette. Peut-être que ce jour là, mes analyses ne seront pas bonnes, où mon ventre me fera souffrir, j'aurai peut-être des nausées, des étourdissements et je serai même en colère contre la vie. Je vous remercie à l'avance pour votre silence, votre sourire et votre amour.

Je n'ai pas besoin de mots, n'essayez pas d'en trouver, malheureusement ils ne serviront à rien, ils ne peuvent rien pour moi, ils me font mal même. C'est si dur aussi le rôle de l'entourage je le sais, mais un mot sans importance pour vous peut-être une torture pour moi... C'est si injuste tout ça...


Ne vous inquiétez pas, ma vie ne s'arrête pas là, quoi qu'il arrive, ma moitié et moi, nous rebondirons, nous nous aimerons. 
Il paraît qu'après la pluie vient le beau temps !!
 Nous profiterons de notre vie, notre unique vie ensemble, car elle est si belle, si importante et si courte...


A toi mon enfant, mon doux bébé, mon bel amour, le meilleur et le plus fou de papa et moi, je voulais te dire que même si tu ne nous as pas encore trouvé, même si ton chemin pour arriver jusqu'à nous est aussi bien long et que tu es peut-être épuisé, sache que nous t'aimons déjà sans conditions, que tu es notre petite lumière et que tu es pour nous un être exceptionnel, que nous parlerons toujours de toi, car tu vis et vivras en nous pour toujours.


Sache que ton absence fait que je ne suis pas une mère aux yeux de tous, mais pour moi, je suis déjà ta maman et j'en suis fière.

Myriam.

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