La lettre ouverte à nos proches de Mathilde et Guillaume.

Mis à jour : il y a 6 jours

L'objectif de ces lettres ouvertes est de pouvoir faire comprendre à nos proches (vous qui nous lisez) ce par quoi nous passons lorsque nous vivons un parcours PMA (les épreuves, nos émotions, nos attitudes rationnelles et parfois irrationnelles aussi...).

C'est aussi vous faire passer un message avec toute notre bienveillance pour vous "aider" à savoir comment se comporter avec nous, pour vous "aider" à comprendre comment adapter vos mots face à nous, pour vous "expliquer" comment nous soutenir quand nous en avons besoin.


Ces lettres ont été rédigées par des femmes en parcours PMA dont chaque histoire est unique et révèle des maux qu'elles ont exprimé par leurs propres mots. Toutes ces lettres sont dictées par l'amour. Elles reflètent la réalité de nos vies, soyez indulgents, nous vous livrons une partie de nos âmes dans l'espoir de lever certains tabous et de libérer nos paroles communes.



4 raisons ont motivé ce texte : vos questions, nos doutes, ce désir fort d'avoir un enfant, et le besoin d'en parler. Parfois.

Guillaume était prêt à être papa avant de me demander en mariage (février 2016!). Alors quand on s'est marié, c'était une évidence. Cette euphorie s'est vite transformée en déception : avoir ses règles tous les mois, gérer sa peine, sa douleur physique et devoir lui annoncer que ça ne fonctionnera pas ce mois-ci.


«Sushis + vin blanc ce soir !» : c'est le seul code qu'on a trouvé pour se le dire... 

La 1ère année a été une chute libre pour moi. Ma mère a eu 5 enfants, ma sœur est tombée enceinte rapidement, je ne prenais pas la pilule; je n'avais bêtement pas imaginé pouvoir avoir des difficultés à devenir maman. Guillaume était quant à lui serein ; "8 mois, c'est seulement 8 chances. Ça va venir, ne t'inquiète pas".

Les annonces de grossesse sont insupportables; je m'effondre à chacune d'entre elles. Une douleur qui vient du plus profond de moi, et qui s'ajoute à une culpabilité immédiate.

Ce n'est pas que je ne suis pas heureuse pour vous ; au contraire ! Mais ces annonces nous renvoient notre réalité en plein cœur. Elles sont souvent surprises (et oui, le fameux «surpriiiiiise! »). On doit alors gérer le choc de l'annonce, faire semblant et ne pas gâcher votre moment. J'ai parfois voulu disparaître, m'enfuir loin, devenir transparente. Au bout d'un an, séjour familial en Vendée. Le 1er jour, mes 2 frères annoncent chacun l'arrivée d'un bébé. Boum. Ou devrais-je écrire BOUM! On doit passer la semaine ensemble «le cocktail des femmes enceintes! », « Le vélo des femmes enceintes! », c’est chargé en émotions.


Pour moi c’est le déclic ; je peux m'éloigner de mes amis, pas de ma famille.

Je dois affronter la réalité et apprendre à gérer ma peine. Guillaume va me guider, il gère mieux ces annonces que moi.


C'est à partir de là que je me suis relevée, que j'ai accepté que ce serait un combat et que ça prendrait un peu plus de temps.

C'est aussi là que Guillaume a sombré... Ironie du destin, chacun son tour.

Pour le réconforter, on décide de faire ce que les femmes enceintes ou couples avec enfant ne peuvent plus faire : 3000km en moto au gré des envies, roadtrip itinérant, sushis/alcool/charcut’, dodo dans la nature, sessions wakeboard, horaires décalés et péchés inavouables... Un été de foliiiie! On décide également de se lancer dans un autre projet : l'achat et la rénovation d'une maison à Bordeaux. On ne va quand même pas se laisser abattre !! 

En parallèle, le suivi gynéco est en route. Pour l'anecdote, les salles d'attente sont remplies de... femmes enceintes. Cauchemar. 

Il faut attendre 2 mois pour chaque RDV, avec de réelles contraintes : "il faudra venir entre J+2 et J+5 de vos règles. Si vous n'êtes pas disponible, ça décalera au mois prochain" ; "il faudra venir en couple, attention il y a souvent du retard", "Pour le suivi, vous devez faire 2 prises de sang, à 2 jours d'intervalle"... Pratique! Sans oublier les rares disponibilités «Le jeudi à 15h20, c’est tout ce que je vais avoir » Et le jour ou j’ai demandé « Mais comment font les gens qui travaillent ? », on m’a sèchement répondu «C’est une question de priorité, madame». CONNASSE. 


On décide de prévenir nos responsables ; il faut qu’on puisse faire les 2 correctement. Ils s’adaptent simplement, on est reconnaissant ; rien ne nous arrêtera. On va à tous les RDV à deux. On attend tous les deux (car oui, un RDV à 15h20 ne veut pas dire qu'on est pris à 15h20! Fille d'un médecin ultra ponctuel, je n'avais pas réalisé sa rareté). Il faut être patient. D'ailleurs on appelle ça "une salle d'attente". Au secours. Moi l'impatiente, je suis condamnée à attendre... On est là (Guillaume est souvent le seul homme), face à l'autre, face à nous-même, à faire le point, à déprimer, à espérer, à rire de la situation, à imaginer des options qu’on ne veut pas vraiment.


On apprend à gérer les annonces de grossesse; on arrive à se soutenir avec un regard, un sourire, un geste. La complicité est là ; sans nous en rendre compte, notre couple s'est renforcé !

Ascenseur émotionnel pour cette 2e année. 

Parfois, on va bien ; on n'y pense pas, où on en parle facilement, on arrive à prendre du recul. On est dans les meilleures conditions, on va y arriver. Ça ne fait pas si longtemps que ça, après tout. C'est normal. « T’es une warrior Math! » Et puis tout notre entourage nous le dit, alors c’est sûrement vrai. Les examens sont rassurants. C'est l'environnement qui nous pollue ; la quantité du sperme a baissé de 40% en 25 ans, sa qualité a chuté avec. Les perturbateurs endocriniens sont partout, il faut supprimer ces substances chimiques. Notre démarche de "zéro déchet" s'accélère, le Bio devient un réflexe ; quand je pense que certains nous traitent de bobos... Si vous saviez (ce que vous mangez + ce que l’on vit).

Les travaux de la maison avancent, je pars en déplacements, on avance nos projets pro et perso, on voit les amis, on va sur le bassin, on fait de la moto; la vie quoi ! 

Parfois, on ne va pas bien ; et là, c'est plus compliqué.

Pourquoi ça nous arrive ?

A-t-on vraiment besoin/envie d'un enfant ?

Et si on adoptait ?

Et si j'étais stérile, et si c'était l'autre?

Est-ce qu'il me quitterait, est-ce que je l'aimerais quand même ?

Est ce qu’on oserait divorcer ?

Est-ce que j'ai envie de faire une FIV ?

Une insémination ? D’ailleurs, c’est quoi exactement ?

Pourquoi c'est si difficile à vivre ?

Est-ce que mes douleurs de règles ont un lien ?

Ça veut dire quoi "lâcher prise" ?

Pourquoi tous mes frères et sœur y arrivent et pas moi ?

Pourquoi des couples qui ne se connaissaient pas quand on s'est marié sont aujourd'hui parents ?

Pourquoi personne ne parle de ses fausses couches ?

Quelle est l'histoire de nos parents, de nos grand-parents ? Est-ce que c'est génétique ? Qu'est-ce qui bloque ? Est-ce qu'on n'est pas compatible ?

Et si on devenait famille d’accueil ?

Pourquoi rénover une maison avec 3 chambres alors qu'on ne sera peut-être jamais 3 ?" ...


On se réveille en pleine nuit, souvent en larmes.

Le plus difficile est de gérer le décalage au sein du couple. Car évidemment, on n'avance pas au même rythme ! Ça serait trop simple :-) L'un a besoin de parler quand l'autre ne le souhaite pas ; l'un est optimiste quand l'autre ne l'est pas ; l'un y pense quand l'autre n'y pense pas ; l'un veut adopter quand l'autre n'est pas prêt. On vit nos peines ensemble, en décalé. On apprend à écouter. On apprend.


Arrivent souvent 2 options :


1/ Soit on a besoin de parler,

merci à ceux qui nous écoutent, même si c’est dur, même si vous êtes mal à l'aise, même si vous ne savez pas quoi dire, même si on est maladroit, même si vous vous sentez impuissants, même si vous n’êtes pas concernés par cette situation. On sait que vous n'avez pas la solution, on ne l'a pas nous même!


En partageant notre combat, vous soulagez notre peine. Et ça c’est certainement la chose dont on a le plus besoin. L'écoute sincère. 

2/ Soit on n'arrive pas à parler, on ne veut pas parler, on ne peut pas parler.


Rien de personnel, ne soyez pas vexés. Vous n’y êtes pour rien. Parfois, d’un coup, je pleure, Guillaume part dans ses pensées, on devient triste. La nuit a peut-être été difficile ? Les annonces trop nombreuses ? Un RDV médical éprouvant ? Un témoignage qui revient ? C'est impossible pour vous de le deviner, de l'anticiper. Alors sans rancune, vraiment. On aura d'autres occasions. 

On attaque déjà la 3e année. On est désormais suivi par un centre de fertilité (Je vous passe les dizaines d’examens, IRM pelvienne, piqûres, retrait de polype en AG and co).

Les dépenses s'accumulent, les diagnostics se précisent (endométriose superficielle et réserve ovarienne insuffisante pour moi, «Monsieur est parfait»... et vlan, un peu de culpabilité en plus), l’écriture de ce texte se concrétise, et le choix arrive : FIV ou inséminations.


On y est. C'est un choix qui donne de l'espoir, c'est un choix lourd de conséquences et angoissant, c'est un choix à prendre à deux.


Guillaume m'indique que c'est à moi de choisir car c'est mon corps. Il est là, il a tout compris, j’ai une chance inouïe.

Ok, mais du coup, on fait quoi ?!? On prend RDV avec l'anesthésiste pour une insémination.


Retour à la maison, j'ai un retard de règles.

Même si c’est rare, j'ai appris à ne plus m'emballer : 3 fausses joies nous ont, l’un et l’autre, particulièrement éprouvées, et la dernière est récente. Alors je minimise l'information, et je file discrètement faire un test de grossesse.

"La réponse apparaîtra au bout de 3 à 5 minutes. Vous devez attendre la totalité des 3 minutes, le résultat apparaîtra sous forme de traits colorés". Au bout de quelques secondes, je découvre 2 barres.


Oh Put%. Il y a 2 barres. Il y a 2 barres !! Ohh my Goood. Je suis bien enceinte ?? Non c’est pas vrai, c’est pas possible, concentre toi Math ; y’a forcément un loup. Sèche tes larmes pour bien regarder le test : pourtant, elles sont là, bien nettes.On ne s’emballe pas. Mais bien sûr qu’on s’embaaaaalle !!!

Je pleure, je ris, je touche mon ventre, je re-re-re-re-regarde ce test pendant de longues minutes, je le prends vite en photo de peur qu’elles ne s’effacent. 2 petites barres et beaucoup d'espoir... 


Le RDV pour l’insémination n’aura jamais lieu, et c'est à travers ce récit qu'on a décidé de vous annoncer cette jolie nouvelle !! #Novembre2020



En lisant ce récit, vous comprendrez mieux ce qu’on a vécu, ce qu’on a ressenti. 

On savoure évidemment chaque seconde de cette grossesse, on reste aussi lucides.


Les épreuves traversées sont gravées, on remercie ceux qui sont parents et qui voudront déjà nous partager leurs conseils, on pense surtout très fort à ceux qui continuent leur chemin vers la parentalité.

Ceux qui doivent choisir.

Ceux qui sont allés bien plus loin dans les protocoles.

Ceux qui font des fausses couches.

Ceux qui apprennent une stérilité.

Ceux qui se battent.

Ceux qui changent de projet.

Ceux qui ont perdu leur bébé.

Ceux qui se séparent.

Et on n’oublie pas celles et ceux qui ont hâte d’être amoureux pour se lancer dans leurs projets communs.


Désormais sensibilisés au sujet, on essayera d’éviter les phrases maladroites et on fera tout pour être une écoute attentive.

On vous aime.

On l'aime déjà.

Mathilde et Guillaume



Bonus : Comment pouvez-vous agir face à un couple qui vit cette situation ?


Voilà des pistes de réflexion :

  • Vous attendez un bébé ? Félicitations ! Annoncez-le par écrit, ou un peu avant en aparté. Car votre bonne nouvelle n'est pas toujours une nouvelle facile à entendre pour un couple qui essaye d'avoir un enfant. Vous attendez une réaction heureuse, en face ce n’est pas toujours facile de gérer ses émotions.

  • Posez des questions (si vous le voulez bien sur!). Ne laissez pas de tabou s'installer. Et si ce n'est pas le moment, ils vous le diront simplement. En ce qui nous concerne, on n'en n'a jamais voulu à ceux qui osaient nous parler, au contraire!

  • Invitez le couple, même s'il y a des bébés ou femmes enceintes ; ils sauront dire non si la période est difficile. Invitez les séparément aussi (Qu’est ce que les soirées entre copines et les EVG nous ont fait du bien !!)

  • Évitez les conseils (il faut lâcher prise, tu devrais... blablabla) ou les anecdotes de la copine de copine qui a fait 3 FIV. Ça nous saoule.  

  • Soutenez le couple avec vos mots. Voilà quelques exemples qui nous ont réconfortés :  "C'est dur ce que vous vivez, accrochez-vous" ; "j'ai plusieurs amis qui galèrent, vous n'êtes pas seuls!" ; "On est avec vous, on vous aime" ; "je ne peux pas comprendre votre peine, j'aimerais la partager avec vous" ; "je n'ai pas les mots, mais j'ai 2 bras pour les câlins réconfortants!" (j'avoue, la dernière, je l'aime particulièrement!!). 

5 raisons ont motivé ce texte : vos questions, nos doutes, ce désir fort d'avoir un enfant, le besoin d'en parler, parfois, et l’immense joie de vous partager notre bonheur !! 


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